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Un petit manège de désirs – Le Bien Public 10 juin 2010

7 novembre 2011 commentaires
Arts & Loisirs
Pratique
propos recueillis par guillaume Malvoisin
Un petit manège de désirs
Leur dernière création, Le Médecin Volant de Molière remet les comédiens au centre de tensions, de joutes verbales et d’une scène dépouillée. De quoi voir jaillir le plaisir qui caractérise la compagnie  celui de la rencontre avec le spectateur. Pierre Yanelli nous donne quelques clés du travail de ses compères.Pierre Yanelli  « Il existe beaucoup de contraintes pour ce Molière, les cadres sont solides. L’idée est de jouer le plus possible, le longtemps possible et que cela convienne à tout le monde. »

De plus, cette contrainte vous offre la possibilité du jeu.

« C’est un moteur recherche, le plaisir simple de la mécanique chez Molière. Avec le Médecin Volant , nous avons une pièce dont l’authenticité est incertaine. Cela laisse une grande liberté. On peut en garder les principes et les nourrir d’une énergie et d’envies qui nous sont propres. »

Vous parlez de cette pièce comme une esquisse ?

« Oui, c’est un canevas qui annonce d’autres pièces futures. Molière est toujours dans cet entre-deux  d’un côté l’art populaire qui divertit et de l’autre un théâtre plus savant. »

Cette esquisse agit-elle comme une source d’invention pour votre compagnie ?

« Oh oui, elle laisse beaucoup d’opportunités pour l’acteur. Il y a toujours le désir attrapé par la queue, chaque personnage arrive pour son plaisir qui finira par être empêché. Il y a une spirale qui s’enclenche très vite, comme un petit manège du désirs. Il y a donc le plaisir de l’histoire puis le plaisir du jeu pour le comédien. Les métamorphoses et les pirouettes sont nombreuses et sont redoublées du fait du nombre restreint de comédiens dans la compagnie. Nous ne sommes que trois pour cette pièce. »

Vous parlez de l’art de la composition chez Molière, cette mécanique renvoie à d’autres de vos créations comme les Calaferte ou encore Far Craf où le burlesque est un des moteurs.


Des costumes très colorés, qui aident aux nombreuses métamorphoses.

« Je suis assez naïf. Ceci m’autorise à faire des contresens comme avec Pinter pris à la clownesque pour Far Craf . Mais on rend ainsi ces textes accessibles. Tout le monde peut regarder sans trop s’interroger sur l’ombre de l’écriture, sur son aspect abstrait. Là, c’est très concret. Le burlesque est simple et laisse une porte ouverte pour le spectateur. Il peut rire ou s’interroger. Le burlesque permet aussi de s’amuser avec l’espace, de le rendre modulable et ludique à loisir. »

Ici, le décor est très dépouillé…

« C’est un petit cirque, avec sa piste circulaire et quelques tabourets. C’est amusant de changer aussi facilement de décor. Le comédien est remis au centre du spectacle, c’est lui qui anime. On respecte un des principes fondamentaux du Rocher des Doms, celui de jouer sur un plateau assez dépouillé où le comédien est le créateur  de jeu, d’espace et de mise en scène. »

On connaît les origines foraines, vous leur faites écho avec les combats de catch ou les héros de voltige…

« Il y a un cousinage entre la farce et des héros comme Superman. Le rapport est basé sur l’exploit, la compétitivité, la force et le pouvoir. Molière peut remettre en place ces choses-ci aujourd’hui dans l’imaginaire des spectateurs. La charge caricaturale s’appuie aussi sur l’acrobatie. Tout peut chuter très vite, le personnage et le comédien. Les équilibres montent et les tensions arrivent, les pirouettes rétablissent les rapports entre le public et le comédien. C’est très ludique comme spectacle. »